La paix est possible… les religions en témoignent.
Oui, la paix est possible ! Je le crois. La femme de foi que je suis,
l’espère avec ardeur et conviction!
Mais permettez-moi de poser d’emblée cette question embarrassante :
Les religions sont-elles les mieux placées pour témoigner de la paix ?
L’Histoire de l’Humanité ne nous démontre-t-elle pas l’inverse ?
L’instrumentalisation de la religion et du sentiment religieux par un
pouvoir dominant et conquérant est une constante malheureuse et
poignante au cœur même des civilisations.
La religion devrait être idéalement le plus beau vecteur de tolérance
au service des femmes et des hommes et de la paix entre les peuples.
Le mot religion ne vient-il pas du mot latin « religere » qui veut dire
relier ? La vocation des religions est donc de relier paisiblement les
individus entre eux en leur donnant leur véritable raison d’être qui
est d’abord spirituelle et contribuer ainsi à leur bien être. La
réalité est souvent tout autre . Elles peuvent être aussi le terreau
des extrémismes et intégrismes générateurs de laideur, de souffrance,
et de mort, hier comme aujourd’hui.
Les guerres de religions entre catholiques et protestants qui jadis
saignèrent le royaume de France en sont un signe indiscutable. Sur
l’île voisine, l’île Sainte Marguerite, est érigé au sein du musée de
la Marine un Mémorial huguenot en hommage à 6 pasteurs calvinistes
enfermés et mis au secret dans le fort par Louis XIV après la
révocation en 1685 de l’Edit de Nantes. Cet édit dit de tolérance fut
édicté un siècle avant en 1598 par Henri IV. Il reconnaissait la
liberté de conscience religieuse en garantissant la pratique du culte
protestant en terre catholique et ramenait ainsi dans le pays la paix
civile.
Rappeler à notre mémoire le cruel destin de ces pasteurs oubliés
aujourd’hui me permet d’élever et d’élargir notre pensée à
l’intention de tous ceux et celles qui dans le monde aujourd’hui sont
victimes de persécutions religieuses mais aussi de discriminations
politiques, ethniques et subissent les guerres économiques.
Oui, la paix est possible et il est du devoir de toutes les religions
de réfléchir sur elles–mêmes,
de se repentir du mal qu’elles ont pu faire, de reconnaître qu’aucune
d’entre elles ne détient la Vérité et qu’ensemble elles bâtissent la
paix entre elles .
Il est vital aussi qu’elles refusent d’être complices de
l’asservissement des peuples et des individus dans une adoration
massive du veau d’or. Car ce veau d’or est comme l’hydre à têtes
multiples : il puise sa force dans la fascination du pouvoir, de
l’argent et de la puissance. Il est de ceux qui trouvent leur intérêt à
déstabiliser les efforts de paix et à attiser le feu des guerres :
guerre pour l’eau, pour les réserves en énergie, et autres conflits de
territoire.
Oui, la paix est possible et il est essentiel que les religions
persévèrent dans leurs luttes aux côtés d’autres instances, main dans
la main, dans la reconnaissance des valeurs aussi fondamentales que la
Déclaration universelle les droits de l’Homme, la laïcité bien
comprise, le droit à la différence, à la pluralité d’opinion, à une
vraie liberté, garante de justice et de paix !
Oui la paix est possible …et les religions peuvent en témoigner car
elles disposent toutes d’un formidable outil, d’un merveilleux
message, d’une parole à portée universelle inscrite dans leurs textes
sacrés , déclinée sous diverses formes et qu’on appelle la règle d’or.
Dans la Torah et les Evangiles, elle se présente ainsi : « Aime ton
prochain comme toi-même » !
L'amour du prochain se définit comme la force qui pousse un individu à
rechercher la paix et le partage avec les autres.
Cependant, ne soyons pas naïfs, aimer l’autre est difficile car s’il
est le miroir de ce qui m’est semblable, il l’est aussi de
l’altérité, de ce qui me sépare de lui. Il me renvoie aussi à ma propre
image, en un mot, à ma capacité ou non d’écoute, de respect et de
parole.
Et si l’Amour est donnée par Dieu à travers ses prophètes, ses
messagers et ses témoins, à vue humaine l’amour fraternel à vocation
universelle demeure un long et patient apprentissage qui relève de
notre responsabilité à tous.
Le secret de la paix réside dans l’art si difficile d’aimer. C’est
pourquoi j’ai la conviction intime que lorsque les fils auront fait la
paix avec leur mère, ils n’auront plus besoin de frapper leur épouse.
Lorsque les filles auront fait la paix avec leur père, elles ne seront
plus rivales dans le regard de l’homme. Quand les enfants et les
parents auront fait la paix les uns avec les autres et l’homme avec la
femme et la femme avec l’homme, et chacun avec lui- même, alors le
premier pas, puis le suivant vers la paix seront possible.
Oui, la paix est possible et il est du devoir des religions d’en
témoigner, plus que jamais avec d’autres, comme nous le faisons
aujourd’hui nous tous présents ici, en ce lieu de prière magnifique et
dépouillé. De le proclamer et le mettre en pratique ! Heureux les
artisans de paix ! (Matthieu 5,9)
Et je conclurai avec ces paroles du célèbre pasteur baptiste
protestant, Martin Luther King , apôtre de la non-violence dont nous
commémorons cette année le quarantième anniversaire de l’assassinat :
« Je fais encore le rêve que, grâce à cette Foi , nous serons
capables de repousser au loin les tentations du désespoir et de jeter
une nouvelle lumière sur les ténèbres du pessimisme . Oui , grâce à
cette foi , nous serons capables de hâter le jour où la paix règnera
sur terre et la bonne volonté envers les hommes Ce sera un jour
merveilleux, les étoiles du matin chanteront ensemble et les fils de
Dieu pousseront des cris de joie. » *
Oui la paix est possible ! « Les filles et les fils de Dieu pousseront
des cris de joie » ! Amen.
Karin BURGGRAF, pasteure de l’Eglise Réformée de France.
Saint Honorat, le 30 mars 2008
Message délivré dans le cadre d’un service inter-religieux au monastère
de Lérins aux côtés de représentants juif, catholique, orthodoxe,
musulman, bouddhiste,…à l’occasion de la Conférence du Rotary
international
« La paix est possible »à Cannes.
- *Martin Luther King, Un jour la justice ruissellera comme l’eau, La seule Révolution, Casterman, 1967