Le 7 juin 2008 avec Elian Cuvillier : Prier avec Jésus
Elian Cuvillier (1) nous a conduits durant toute cette journée à cheminer principalement dans l’évangile de Marc, à travers des textes parfois difficiles mais tellement riches de sens (2).
La prière comme lâcher-prise, ou comment se laisser déplacer de « toi pour moi » vers « non pas moi, mais toi »
Nous retrouvons ce déplacement dans la prière de Jésus à Gethsémani ; Jésus dans son entière humanité, submergé par l’angoisse tout prêt de la mort, prie le Père : « Abba, Père, tout est possible pour toi ; éloigne de moi cette coupe. Toutefois, non pas ce que, moi, je veux, mais ce que, toi, tu veux. » (Mc 14.36). Cette prière à Gethsémani peut être mise en relation avec le récit de la tentation au désert. Dans les deux récits Jésus lâche prise par rapport à la tentation de la toute puissance.
La prière comme rupture de rythme
A la suite de Jésus, nous avons compris la prière comme un moment de rupture, de cassure par rapport au rythme de la vie, d’une priorité délibérément choisie par rapport à nos multiples priorités, contraintes et sollicitations(3).
La prière comme seul lieu d’authentique transparence
Nous connaissons probablement ce texte de l’évangile selon Matthieu (Mt 6.6) dans lequel Jésus nous demande de nous placer dans la pièce « la plus retirée » pour prier. La prière est le lieu, le seul lieu, et aussi le seul moment où nous pouvons absolument tout dire. Dans notre monde où la transparence est une vertu à la mode, la véritable et totale transparence n’existe pas. A aucune personne, nous ne pouvons réellement tout dire. La transparence totale ne peut véritablement advenir que dans la prière.
La prière, son exaucement, la dimension de la foi, mais la foi de qui ?
Nous avons naturellement médité sur les exaucements et le rapport avec la foi sensée habiter le sujet qui prie, ainsi que les innombrables occasions de culpabilité que cela peut engendrer. Elian Cuvillier nous a donné un éclairage intéressant avec le récit du figuier desséché (Mc 11.22-25) dans lequel Jésus exhorte ses disciples à avoir non pas la foi « en Dieu », mais la foi « de Dieu » ! On pourrait peut-être même traduire : « Vous avez la confiance de Dieu », dit autrement : Dieu vous fait confiance ou dépose sa confiance en vous. Renversement, déplacement, parole libératrice ! Elian nous a fait remarquer que ce déplacement est également présent à plusieurs reprises dans différentes épîtres pauliniennes (4) qui évoquent non pas la foi en Jésus-Christ, mais la foi (ou la confiance) de Jésus-Christ.
La prière comme reconnaissance de la confiance d’un autre
Dans le récit de la guérison de l’enfant possédé (Mc 9.14-29), la prière évoquée par Jésus qui permet de chasser les démons est au fond celle du père de l’enfant qui reconnaît à la fois qu’il ne peut plus rien par lui-même et en même temps qu’il est au bénéfice de la confiance d’un autre : Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! __ La prière comme un combat__
Ce type de prière pourrait ressembler à celui de cette veuve, situation qui en ce temps la situait de facto parmi les petits, les faibles. Vulnérable, sans pouvoir, elle s’obstine à demander justice à ce juge plus enclin probablement à rendre cette justice aux riches et aux puissants (Lc 18.1-8).
Yves Raoux
- Professeur de Nouveau Testament à l’IPT de Montpellier.
- ous avons médité les textes suivants : Mc 1.35-39 ; 6.45-46 ; 14.32-42 ; 11.22-25 ; 9.14-29 ; Lc 18.1-14.
- Voir les 2 premiers textes référencés en note 2.
- Voir en particulier Rm 3.22 ; Ga 2.16 ; Ph 3.9.
